{"id":12931,"date":"2021-12-21T15:46:56","date_gmt":"2021-12-21T20:46:56","guid":{"rendered":"https:\/\/orthodiv.org\/?p=12931"},"modified":"2022-10-26T17:35:15","modified_gmt":"2022-10-26T21:35:15","slug":"quelle-drole-depoque","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.orthodiv.org\/fr\/blog\/quelle-drole-depoque\/","title":{"rendered":"Quelle dr\u00f4le d\u2019\u00e9poque!"},"content":{"rendered":"<p><strong>D\u2019o\u00f9 vient cette \u00e9trange tendance \u00e0 opposer des approches qui s\u2019\u00e9quivalent plut\u00f4t que de comparer les types de patients qui y r\u00e9pondent le mieux? La litt\u00e9rature condamne-t-elle r\u00e9ellement de fa\u00e7on robuste certaines approches? Les m\u00e9dias sociaux seraient-ils \u00e0 l\u2019origine de cette incapacit\u00e9 \u00e0 nuancer les propos? L\u2019impression que l\u2019on a d\u2019\u00eatre meilleurs que nos pr\u00e9d\u00e9cesseurs est-elle r\u00e9elle ou illusoire? Le texte qui suit se veut une r\u00e9flexion empreinte d\u2019humour et d\u2019un peu de sarcasme sur le chemin parcouru par nos pratiques professionnelles au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies.<\/strong><\/p>\n<p>Il y eut une \u00e9poque au tout d\u00e9but, avec les grandes guerres, o\u00f9 les physioth\u00e9rapeutes offraient \u00e0 leurs patients des exercices ET des massages ET du temps ET de la compassion\u2026 et \u00e7a marchait assez bien. Plusieurs ann\u00e9es plus tard, sans crier gare, certains auraient tout balanc\u00e9 pour offrir de l\u2019\u00e9lectroth\u00e9rapie et de la chaleur au lieu des exercices, des massages, du temps et de la compassion. Et \u00e7a marchait aussi\u2026 pour les entrepreneurs, mais aussi pour les patients. \u00c9trange comme la biologie humaine peut changer rapidement.<\/p>\n<p>Peu apr\u00e8s, ce sont les th\u00e9rapeutes manuels qui ont pris le plancher et qui auraient, dit-on dans certains milieux, tout balanc\u00e9 le reste. Quelle puissance! De ces th\u00e9rapeutes manuels, certains optaient pour des techniques britanniques (J. Cyriax, J. Mennell, G. Grieves), d\u2019autres pour des techniques scandinaves (F. Kaltenborn, O. Evjenth), d\u2019autres pour des techniques australiennes (G. Maitland) ou n\u00e9oz\u00e9landaise (S. Paris, B. Mulligan) et d\u2019autres, pour des techniques \u00e9tats-uniennes ou canadiennes (D. Palmer, A. Still, C. Fowler, J. Meadows, D. Lamb, E. Pettman, D. Lee). C\u2019\u00e9tait la belle p\u00e9riode o\u00f9 tout le monde \u00e9changeait au lieu de comp\u00e9titionner. Plus encore, on avait le droit de m\u00e9langer les approches sans \u00eatre dichotomique. C\u2019\u00e9tait particuli\u00e8rement vrai au Canada o\u00f9 en 1974 \u00e0 Montr\u00e9al, fut fond\u00e9 IFOMPT par plusieurs grands de l\u2019\u00e9poque. Certains disaient qu\u2019avec des mains magiques, les exercices, l\u2019\u00e9ducation et la compassion n\u2019\u00e9taient plus n\u00e9cessaires. Pour \u00eatre honn\u00eate, je ne l\u2019ai jamais entendu, ni vu en clinique, mais je l\u2019ai lu quelques fois au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es sur les \u00ab\u00a0internets\u00a0\u00bb! \u00c0 moins que j\u2019aie mal lu?<\/p>\n<p>Presque parall\u00e8lement, un certain Robin McKenzie, \u00e9galement th\u00e9rapeute manuel, aurait d\u00e9velopp\u00e9 une tr\u00e8s int\u00e9ressante approche o\u00f9 selon plusieurs contemporains, toucher au patient serait devenu potentiellement nuisible. Certaines \u00e9tudes r\u00e9centes, \u00e9videmment infaillibles et \u00e0 la m\u00e9thodologie parfaite selon des internautes, auraient m\u00eame confirm\u00e9 cette hypoth\u00e8se et ce, m\u00eame si Robin McKenzie manipulait quotidiennement ses patients avec un certain succ\u00e8s et s\u2019entendait comme larrons en foire avec ses autres coll\u00e8gues th\u00e9rapeutes manuels!<\/p>\n<p>Peu de temps apr\u00e8s, bizarrement, tout devint neurologique! Deux charismatiques et gentils messieurs australiens (D. Butler et M. Shacklock) auraient, dit-on, \u00ab popularis\u00e9 \u00bb ce nouveau courant de pens\u00e9e, cette nouvelle panac\u00e9e de la physioth\u00e9rapie, issue des observations et des recherches d\u2019un certain Bob Elvey. D\u2019abord, la mobilit\u00e9 neurale et ensuite la m\u00e9canosensibilit\u00e9 qui devenaient des incontournables pour tout physio qui se respectait! Les autres pouvaient choisir de rester \u00e0 une autre \u00e9poque et continuer avec les approches d\u00e9su\u00e8tes de la pr\u00e9histoire.<\/p>\n<p>Dans le courant des d\u00e9s\u00e9quilibres musculaires de Shirley Sahrman, les ann\u00e9es 90 ont aussi mis au monde le contr\u00f4le moteur de Dr. Paul Hodges, Dr. C. Richardson et de leurs ap\u00f4tres. Gr\u00e2ce \u00e0 quelques \u00e9tudes originales, une nouvelle \u00ab star \u00bb \u00e9tait n\u00e9e et deux tout petits muscles, le transverse de l\u2019abdomen et le multifide, devinrent le centre d\u2019attention des physioth\u00e9rapeutes de la plan\u00e8te. Une n-i\u00e8me r\u00e9volution qui allait potentiellement \u00e9radiquer les lombalgies de l\u2019univers tout comme le longus colli l\u2019aurait fait pour les cervicalgies (G. Jull). Cet objectif n\u2019ayant pas \u00e9t\u00e9 atteint, on rempla\u00e7a tous les exercices de contr\u00f4le moteur par du \u00ab squat \u00bb, du \u00ab dead lift \u00bb et de la planche abdominale (S. McGill) \u2026 Avec des r\u00e9sultats similaires, c\u2019est-\u00e0-dire, moyens. Quelques personnes bien intentionn\u00e9es cherch\u00e8rent \u00e0 comprendre quels types de patients r\u00e9pondraient le mieux aux diff\u00e9rentes approches d\u2019exercices, mais la complexit\u00e9 du sujet rendit ce questionnement quasi impossible \u00e0 r\u00e9soudre. Retour \u00e0 la case d\u00e9part.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 la providence, la marmotte se manifesta une fois de plus et nous faisait comprendre que les neurosciences de la douleur (NOI Group et L. Mosely) et les approches cognitives et comportementales (P. O\u2019Sullivan) \u00e9taient dor\u00e9navant LA chose \u00e0 aborder avec nos patients, particuli\u00e8rement les plus chroniques. Les th\u00e9rapeutes manuels et les \u00ab geeks \u00bb du contr\u00f4le moteur pouvaient aller se rhabiller. La grande \u00e9pop\u00e9e du \u00ab hands off \u00bb et de la simplicit\u00e9 avait gagn\u00e9 la bataille et les th\u00e9rapies derri\u00e8re un \u00e9cran Zoom allaient dominer le monde des souffrants. Quelle victoire! Tout serait dor\u00e9navant plus facile et simple, habill\u00e9 en mou dans le confort de son sous-sol.<\/p>\n<p>Les meilleurs physioth\u00e9rapeutes venaient de d\u00e9couvrir la puissance des mots, de la communication, des m\u00e9taphores et de l\u2019\u00e9ducation des patients. Chose qui apparemment, selon les r\u00e9seaux sociaux, aurait \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement ignor\u00e9e des physioth\u00e9rapeutes du pass\u00e9! Pourtant la phrase suivante de G. Maitland, \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 c\u00e9l\u00e8bre dans les ann\u00e9es 80\u00a0: \u00ab Si vous \u00e9coutez bien votre patient, il vous dira ce qu\u2019il a et si vous l\u2019\u00e9coutez un peu plus, il vous dira aussi quoi faire pour l\u2019aider \u00bb. Plus \u00e9trange encore, jusqu\u2019\u00e0 r\u00e9cemment, on entendait cette phrase surtout dans les cours de th\u00e9rapie manuelle.<\/p>\n<p>S\u2019ils avaient su avant, ils auraient peut-\u00eatre eu les succ\u00e8s actuels des th\u00e9rapies \u00ab hands off \u00bb. Comme on dit, les statistiques ne mentent pas. En effet, il n\u2019y a jamais eu si peu de gens avec des lombalgies, des cervicalgies et des douleurs persistantes, non? En tout cas, \u00e7a doit \u00eatre vrai si la qualit\u00e9 de nos interventions \u00e9volue \u00e0 ce point et que les th\u00e9rapies du pass\u00e9 sont progressivement \u00e9limin\u00e9es, plut\u00f4t que fa\u00e7onn\u00e9es, modul\u00e9es, utilis\u00e9es avec notre raisonnement et adapt\u00e9es aux patients.<\/p>\n<p>Ajoutons \u00e0 cela, du renforcement, du renforcement, du renforcement \u00abbecause you can\u2019t get wrong getting strong\u00bb (A. Meakins) ainsi qu\u2019une dose de pleine conscience (J. Kabat Zin) et on a atteint la th\u00e9rapie parfaite! Que l\u2019homme est grand quand il garde les choses simples plut\u00f4t que de les complexifier.<\/p>\n<p>Ah j\u2019oubliais, la quantification du stress m\u00e9canique (QSM), popularis\u00e9e par Blaise Dubois et La Clinique du Coureur. Il y a de nombreuses ann\u00e9es, on m\u2019avait appris que lors des exercices bien dos\u00e9s, une douleur de 1-2\/10 pouvait \u00eatre tol\u00e9r\u00e9e et m\u00eame que \u00e7a permettait l\u2019adaptation et la progression, mais comme \u00e0 l\u2019\u00e9poque, on n\u2019appelait pas \u00e7a de la QSM, alors \u00e7a ne compte pas! Et comme les th\u00e9rapeutes manuels ne donnaient apparemment pas d\u2019exercices, ni n\u2019\u00e9duquaient leurs patients \u00e0 la QSM, mais bien au dosage, \u00e7a ne compte pas non plus! En passant, concernant les grades de mouvement, est-ce possible que \u00e7a soit de la QSM de phase initiale pour les gens qui craignent ou ne tol\u00e8rent pas les fins de mouvement, pour r\u00e9duire leur pens\u00e9e catastrophique et la douleur nociplastique en les exposant graduellement \u00e0 des exp\u00e9riences positives de mouvement et en les amenant \u00e0 nouveau vers du mouvement actif?<\/p>\n<p>Voltaire avait dit \u00ab L\u2019art de la m\u00e9decine consiste \u00e0 distraire le malade pendant que la nature le gu\u00e9rit. \u00bb Dois-je comprendre que lorsque l\u2019on est \u00e0 court de distraction, on en invente une nouvelle et on balance le reste? Avoir su, je serais devenu, le temps d\u2019une d\u00e9cennie, hypnotiseur ou docteur en charisme comme le sugg\u00e9rait Nick Bogduk dans les ann\u00e9es 80. \u00c7a aussi, il parait que \u00e7a marche pour s\u2019\u00e9lever au rang d\u2019influenceur et amasser les \u00ab likes \u00bb!<\/p>\n<p>En fin de compte, est-ce que la pr\u00e9sentation clinique objective des pathologies a r\u00e9ellement chang\u00e9 depuis 100 ans ou est-ce plut\u00f4t les raisons pour lesquelles les gens souffrent qui ont \u00e9volu\u00e9? Si oui, avons-nous actuellement une r\u00e9elle emprise sur les diff\u00e9rents facteurs pronostics modifiables (personnels, environnementaux et fonctionnels)? \u00c0 ce titre, sommes-nous meilleurs que les \u00ab coachs de vie \u00bb?<\/p>\n<p>\u00ab Stronger together \u00bb, \u00e7a sonne bien en th\u00e9orie, mais comment le traduire en actions concr\u00e8tes? En attendant le retour des esprits rassembleurs, l\u2019\u00e8re de la vraie pr\u00e9vention et de la r\u00e9silience, je peux peut-\u00eatre simplement continuer \u00e0 aider mes patients avec des modalit\u00e9s choisies \u00e0 partir de mon raisonnement clinique, des suggestions des vrais chercheurs et des pr\u00e9f\u00e9rences, besoins et attentes de mes patients. Un peu comme l\u2019ont fait nos pr\u00e9d\u00e9cesseurs et comme le sugg\u00e8re le \u00ab Evidence Informed Practice \u00bb (EIP).<\/p>\n<hr \/>\n<p>Marc-Andr\u00e9 a gradu\u00e9 du programme de physioth\u00e9rapie de l\u2019Universit\u00e9 Laval en 2001 et il travaille en clinique priv\u00e9 avec une client\u00e8le musculosquelettique sportive. Il a compl\u00e9t\u00e9 ses examens avanc\u00e9s du programme AIM en 2009 et a enseign\u00e9 de 2010 \u00e0 2020. Il a un int\u00e9r\u00eat marqu\u00e9 pour le partage des connaissances et l\u2019\u00e9volution de notre pratique.<\/p>\n<p>Pour en savoir plus : <a href=\"https:\/\/www.masphysio.com\">www.masphysio.com<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u2019o\u00f9 vient cette \u00e9trange tendance \u00e0 opposer des approches qui s\u2019\u00e9quivalent plut\u00f4t que de comparer les types de patients qui y r\u00e9pondent le mieux? La litt\u00e9rature condamne-t-elle r\u00e9ellement de fa\u00e7on robuste certaines approches? Les m\u00e9dias sociaux seraient-ils \u00e0 l\u2019origine de cette incapacit\u00e9 \u00e0 nuancer les propos? 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